Lignes de fuite

Western Cape, Afrique du Sud (2016)

Juillet 2016. Sortir une dernière fois de Cape-Town, prendre la N2 et filer plein Est. Rouler de l’Atlantique à l’Indien, avec la certitude de trouver, dans ces paysages d’une beauté bouleversante, une autre Afrique du Sud.

Le veld ! Au loin, parallèle à la route, le dos du dragon complète et ferme le panorama. L’air est blanc et glacé. C’est l’hiver. L’ombre de la voiture danse sur le bas-côté. Répétition douce du paysage. Tu avales ces sensations comme on s’enivre, gagné par le vertige d’être à nouveau sur une terre africaine… Un truc au plus intime, difficile à nommer… Afrique, terre d’origine.

Muizenberg, Hermanus, puis Cape Agulhas où se mêlent les deux océans… Tu remontes dans les terres… Swellendam… Les villes et villages traversés semblent sortis de clichés d’une vieille Europe… Retour sur la côte : Mossel Bay, Knysna, et plus loin Addo… Puis, virant au nord-ouest, tu rejoins les montagnes. Steytlerville, Outdshorn… et la “Swartberg pass“ pour descendre sur Prince Albert…

Des accents afrikaans… D’autres britanniques… Rappel de la double colonisation. Devant la Kerk (église réformée) et son gazon parfait, la rue principale (“church street“ bien souvent) passe et invite à communier avec le peuple “élu“… Tu ne t’attardes pas. Plus loin, à l’écart de ces blanches coquettes où le temps semble figé, les cubes tout neufs de De Rust, alignés dans des rectangles arides, ont fini par remplacer les “shacks“ de tôles ondulées. C’est mieux, sans aucun doute, mais… “surtout qu’ils restent à l’écart !“, loin de la ville blanche. Quand passé et présent se confondent… Paarl, Hopefield… Un dernier tour pour se perdre à nouveau. Une dernière fois le coucher de soleil depuis Signal Hill. Dans la foule du week-end, nombreux ceux qui lèvent leur verre et saluent le jour qui se retire. Un air de piano flotte dans l’air du soir. Le doigté grave d’Abdullah Ibrahim. Tristesse de quitter demain ce pays !